Il y a maintenant quelque temps j'avais juste commencé une nouvelle que je voulais orienter vers toute sorte de question sur "qu'est ce que l' humanité ?" et la compatibilité entre le
développement industriel et l'équilibre naturel... tout ça donnat sur une histoire de zombies légérement gore, assez "pulp" dans l' ensemble ... J'ai jamais eu le courage de continuer le peu que
j' ai écrit ... une chose se faisant on passe à quelque chose d' autre et on nefinit jamais ce qu'on entreprend ...
Emmanuel finissait de décapiter sa mére. Le sang rouge recouvrait sa peau noire.
Elle gueulait encore un peu comme si un souffle funébre s' échappait dans l'affaisement de sa cage thoraxique. La lame de la hache à force de têtes tranchées s' était complétement émoussée. Il n'
avait pas eu la force de tuer sa mére en premier. Il réalisait alors que la décapiter avec une lame qui n' était plus aiguisée était bien plus cruel; autant pour elle que pour lui. Il achevait de
lui broyer la nuque avec la hache. La grange puait la chair fraiche. En sortant, il enjamba les cadavres de son pére, de sa grande soeur, de sa tante, de ses deux petites soeurs et de ses trois
petits fréres. Toute la famille y était passée. Il prit une grande inspiration dans les narines. La nuit allait être longue. La Pleine Lune lui ouvrira le chemin de sa fuite. Il jeta un coup d'
oeil à sa hache avant de la balarder , dépité qu' elle soit abimée au point de ne plus pouvoir décapiter qui que se soit. Il aurait bien voulu pouvoir s' en servir encore, juste au cas
où.
Ils venaient de dévaliser une station essence sur la route. Elle avait tenu le vendeur en joug, le temps qu' il prenne ce qui le
tentait dont la caisse. L' autre lourdeau, les mains en l' air, n' avait rien trouvé de mieux que de vouloir sortir un colt de dessous la table. Elle l' avait laissé faire. Juste pour voir comme
les choses se dérouleraient alors. Elle avait vraiment ri de voir ce type croire que tenir un revolver suffisait à le sortir d' affaire. Une fois qu' elle avait fini de glousser, elle lui avait
envoyé deux balles de son canon double dans la tête. Clyde lui avait lancé un regard accusateur. Il aurait pu se faire tuer par un stupide tenancier de station essence, simplement, parce qu' elle
avait voulu se marrer. Elle braqua son partenaire avec un sourire. Il dégaina un soupir de rire avant que Bonnie ne lui saute au cou, les deux jambes écartées, le fusil plaqué sur son buste. Ils
tombérent. Un coup partit en frolant leur joues. Ils riérent tout exités par le rale de l' arme à feu qui manqua de les tuer. Ils étaient vivants. Bonnie et Clyde étaient vivants; plus vivants
que jamais lorsque leur deux corps s' enserraient dans l' expression passionnelle de leur amour. Elle se mit à lécher le canon qui était entre eux deux. Dans leur agitation, ils baignaient dans
le sang du vendeur comme dans une fontaine de jouvence. Bonnie et Clyde étaient bien vivants.
Clyde conduisait. C' était lui l' homme. Bonnie allumait tranquillement un cigare de 18 centimétres. C' était elle la femme. Il
laissait son regard s' égarer sur les jambes dévêtues de sa compagne tandis qu' elle s' évanouissait dans le tabac et le ciel sombre et étoilé. Ils roulaient de nuit pour gagner du temps sur les
autorités. Ils leur échappaient depuis leur rencontre. Un jour Clyde avait rencontré Bonnie. Tout était allé très vite et il leur semblait que c' était hier. Ils hantaient les routes depuis des
années. Un jour Bonnie avait rencontré Clyde. La passion les avait liés l' un à l' autre comme deux aimants. Il lui avait suffit de lire dans les deux grands yeux bleus de Clyde pour savoir que
c' était avec lui qu' elle mourrait. C' était avec lui qu' elle voulait mourir. Le sentiment était réciproque. Ils pouvaient tout se permettre ensemble puisque même la mort les
lierait.
La route longeait les champs du coton du sud du pays. Il sembla à Bonnie que les fleurs de coton éclairaient leur chemin. Les
cotoniers atteignaient les deux métres, bientôt le coton serait ramassé. Bientôt probablement que l' on ramasserait Bonnie et Clyde. Elle n' était certainement pas aussi prête à mourir qu' elle
le prétendait. Clyde non plus. Leur histoire n' était qu' une éternelle fuite vers l' horizon. Ils ne restaient jamais plus de cinq jours dans la même ville. Tant qu' ils fuyaient, ils pouvaient
s' aimer. Tant qu' ils s' aimaient, ils gardaient la force de fuir. Clyde gardait les yeux sur la route mais commençait à s' assoupir. Ils allaient s' arrêter sur le bord des champs de coton et
dormir à la belle étoile cette nuit.
Emmanuel s' était arrêté dans sa course. Il regardait la Lune qui luisait sur son crane chauve. Sa folie furieuse l' accablait. Ses
larmes se mélérent au sang séché qu' il avait sur le visage. Pour les épancher, il passa sa main sur ses joues. Il frémit en les parcourant . Du bout des doigts, il sentait les cicatrices du R
marqué au fer rouge qui sertissait son visage. Il éructa violement avant de mettre sa tête entre ses jambes. C' était dur mais s'il devait encore tuer, pour survivre, il le ferait. Il ne pouvait
pas se laisser mourir. Il devait vivre envers et contre tout, même si la vie ne vaut pas toujours d' être vécue. La nuit allait être longue. Il devait partir le plus loin possible pour ne pas
être rattrapé. Le passage le plus dangereux était devant lui, il devait border les grands champs de coton que son pére avait moissonnés avant lui et le pére de son pére pendant sur des
générations d' esclaves. Il songea à son pére sans tête. Peut être que cela sera son tour un jour, en attendant que le moment soit venu il devait vivre jusqu' au bout ... vivre pour
vivre.
La voiture sortit lentement de la route pour continuer sur un vieux sentier qui se dessinait discrétement dans un espace boisé. Clyde
descendit sans réveiller Bonnie et commença sous la clarté de la Lune à chercher de quoi cacher le plus possible l' automobile. Il avait un très mauvais pressentiment. La nuit, cette nuit,
sentait mauvais. Il s' assit sur la terre mouillée pour y réfléchir. L' humidité du printemps se mélait au parfum acre des embruns portés par le vent. Les arbres étaient berçés par le souffle et
la Lune faisait scintiller la pointe de chaque feuille. C' était trop. Ces odeurs mélées étaient écoeurantes. Ces lumiéres qui ne cessaient de danser frénétiquement au dessus de lui, le mettaient
particuliérement mal à l' aise. Une goutte de sueur perla sur son front. L' ambiance était fiévreuse. Il aurait juré sentir sa tête gonfler comme un ballon, son crâne s' écarter sous la pression
de ses sens. Il frotta nerveusement son nez en lachant de lourdes expirations. Son souffle inquiétant réveilla Bonnie.
Elle vint se mettre à coté de lui et lui prit la main. Clyde en oublia sa démangeaison et laissa Bonnie guider sa main sur ses
cuisses. Le vent avait cessé, les lumiéres ne le harcelaient plus, l' air redevenait respirable. Il embaumait Bonnie. Il sentait le parfum de leurs deux corps entremélés. Les feuilles qui
reflétaient la clarté de la Lune, éclairaient la chevelure rousse de Bonnie. Elle posait ses mains sur son corps pour le soulager. Doucement, il revenait à lui même. Sa respiration n' accélerait
plus que sous l' effort physique. Elle passa ses doigts dans ses cheveux, sa nuque, ses omoplates, son dos, son bassin. C'était autant de région de son corps qu' elle apaisait. Soudain
...
Clyde se redressa en gardant sa partenaire contre lui. Quelqu'un approchait. Bonnie partit prendre son fusil. Peut être que l' autre
fou avait finalement réussi à anticiper leur direction. Ils se déboitérent, Bonnie prit son fusil, Clyde son revolver. Elle n' eut pas le temps de douter de l' intuition de son amant pour que l'
arrivant se fasse entendre. Ses pas étaient lourds et écrasaient allégrement les brindilles, ce ne pouvait pas être lui. Clyde se détendit, probablement qu' ils pourraient s' amuser avec le
bonhomme qui arrivait ...
Emmanuel déferlait parmi les arbres sombres en gesticulant chaotiquement. Ses épaisses mains frottaient le cuir de sa peau noire.
Elles l' égratignaient nerveusement. Il déboula sur le sentier que la végétation avait absorbé. Il prit ses frusques et les déchira pour les jeter sur le sol. Il passa ses doigts dans ses larges
oreilles avant de s'appuyer sur l'automobile noire. A la lueur de la lune, Bonnie examinait son corps massif.
« Te retourne pas, négre ! » Clyde braquait son revolver vers Emmanuel, dans son dos. « D'où tu cours ? T'es un
criminel ? » Bien qu' il protesta en le menaçant, Emmanuel se retourna. « Ok, je vois. Esclave. Ca doit faire mal hein. » Il désignait ça joue mais l'autre ne répondait pas
« Toi pas savoir parler ? »