Voici un court extrait du quatrième chapitre : Slobodan, policier, s'est rendu sur les lieux d' un prétendu attentat, il se laisse rever à une vie meilleure ...
"Tandis que les cadavres lui passaient sous le nez, il esquissa un sourire en pensant à la vie qu'il aurait si il n' y avait pas besoin d' autant de policiers. Jardinier. Faire
pousser du gazon, des fleurs, des arbres qui seraient un jour plus vieux qu'il ne le sera jamais, cueillir les fruits de la terre, être réveillé par des piallements, sentir son hypophyse carressé
par les brins d' herbe; sentir la vie dans ses mains, juste au bout de ses doigts. Moins de terroristes, plus d' espaces verts; Moins de policiers, plus de jardiniers. Et l' odeur, l' odeur de
verdure, l' odeur des origines; Tout a commencé dans cette odeur, l' Homme, le Jardinier, la Femme, l' Amour, le Droit, l' Etat, même les policiers. Il aurait mentalement rajouté à sa liste,les
terroristes ... comme s'ils existaient, en raison de la présence de policier; et non l' inverse."
Un des points de divergence entre Winston et Slobodan tient aux buts qu'ils se fixent; Winston cherchera à rendre le monde meilleur, Slobodan à rendre sa vie idéale. On pourrait
schématiser en prétendant que l'un est altruiste, l' autre egocentrique mais la différence tient au fait que Winston remet en cause le systéme dans lequel il s'est construit, le systéme passé et le
systeme présent. Ce n' est pas le cas de Slobodan; pour lui le systéme est bon, idéal mais il est corrompu. Dans tous les cas, le systéme échoue dés qu'il est question de satisfaire un idéal
individuel qu'il soit particulier ou universaliste ... Dans tous les cas, le systême social sensé ne plus produire de victime en produit.
Par Woot S. Kinsasha
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Dans ce deuxiéme extrait, tiré du troisième chapitre, Klaris revient sur les lieux de l' accident auquel elle a échapé dans le premier chapitre ...
"La brise s' était faufilée entre les grattes-ciel de la métropole pour souffler sur la banlieue. L'éclat du soleil rebondissait sur les façades bleues
métallisées des tours de grands groupes vers les murs ternes et gris d' une école maternelle désaffectée. Dans ces quartiers, l' air était toujours chargé de poussière. Les battisses mortes
arrachaient au vent les particules de rien, les déchets volatiles, les sacs plastiques qu'on a utilisé puis jeté. Les vitres sales et brisées paraissaient aiguisées comme les dents d'un monstre
de comptines d' un temps jadis. Le souffle s'engouffrait dans ces poumons de béton avant d' etre recrachait chargé d' immondices oubliés.
Klaris écoutait les spectres des enfants hilares, les bouches grandes ouvertes, entrainés par le mouvement insolite du tourniquet désormais figé dans le
désinterêt d' une école vide et crasseuse, au creux de son PDA. Qu'importe les morceaux qui composaient sa playlist, tous prennaient à cet instant une teinte mélancolique, morne, macabre. Parmis
les craquements de métal qui dessinaient le long de son tympan une mélodie brute et décharnée, sonnait de son beffroi une revenante cloche. Pour l' une des premières fois de sa vie, Klaris eut à
épancher une larme. Je devinai déjà qu'elle coulait vers les enfers. A quelque pas de la charogne de l'école, celle d' un entrepot gisait dans le même linceul de poussière et d' indifférence. Cet
entrepot avait été son dernier soir l' hôte de quelques centaines de jeunes du centre descendues vers la banlieue pour s' y divertir, dans les vapeurs de son et le tempo des drogues. C'était
aussi la sépulture de Sophia.
Au milieu des décombres poussiéreuses, une silhouette difforme se recroquevillait en forme de point d' interrogation. Pendant un instant Klaris crut
l'imaginer comme si le mystére qui plannait autour de l' entrepot s' était incarné dans son esprit. D' une certaine maniére, ce mystére s' était bel et bien matérialisé et elle ne tarda pas à le
constater. Le vent se leve et l'ombre énigmatique se meut. Une veste flotte, suspendue au corps d' un fantôme. La cloche sonne le glas qui glace le sang et la spectatrice s' en raidit, engourdie
d' une insidieuse stupeur ... A chaque battement de metal, la silhouette entame un nouveau pas dans une chorégraphie lente et ennivrante, délicatement berçante. Dans son malaise, elle reconnaît
le spectre... l' image trouble du souvenir qui persiste de la brûme de son esprit jusque dans le reflet clinquant de la réalité."
Par Woot S. Kinsasha
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Ce premier extrait provient du deuxiéme chapitre dans lequel est présenté Winston ... Il décrit le déroulement d' une conversation internet autour de la dépénalisation des opiacés promise par le
gouvernement; Dans ce passage intervient aussi Al le domobot de Winston, c'est à dire l' ordinateur domestique ...
« Al, il paraît que l'héroïne va
être légale » Le domobot sortit de sa veille. Il était connecté à internet; ce qui lui permit de répondre à la requête de Winston. « La mesure a été promise par monsieur le
premier ministre et annoncée dans son discours de prise de position, aujourd'hui même. » Winston frotta son menton. Du bout des doigts, il baladait le curseur sur son écran mural d' un mètre
et demi sur deux. Il utilisait une zapette plutôt qu'une souris quand il était assis bien en arrière dans son profond fauteuil en cuir, le clavier sur ses jambes. Quelques clics pour parcourir sa
liste de contacts et il surprenait un de ses « amis » en plein débat sur la légalisation des opiacés. Tekno Ubique (T3kn0-Ubique187) manifestait violemment sa crainte sur le sujet. A
son avis, il s'agissait d' une mauvaise mesure. Il était fort probable que la légalisation reste limitée, que le port d'un poids maximum soit légalisé mais pas la détention dans son « ainte
et grale dimension ».
Space Valentin (space-valentin0402) – c'était Winston – partageait son avis. Il ne fallait pas limiter la liberté
individuelle. Il ne fallait pas faire de demi-changements pour feinter le changement. Il ne fallait pas à demi-permettre pour ne pas avoir à permettre. Al exprima son accord. Tekno Ubique salua
la tirade de Space Valentin en une série de smiles qui exprimait sa plus sincère ovation. Tous dans le salon de discussion étaient enchantés par l' intervention de Space Valentin. Tous avaient
l'habitude d' éclairer les autres sur ce qu'il fallait et sur ce qu'il ne fallait pas; avaient l' habitude de ne pas aller voter.
Le salon fut tout retourné quand Trash Basura (tr4sH_b4sur488) déclara que l' héroïne était l' opium des étrangers
et autres parasites sociaux qui grignotaient les fondations d' un état effrité par un laxisme effréné. Trash Basura, qui il put être, n'était visiblement pas d'accord. Tekno Ubique l'invita
courtoisement à considérer qu'il s' était vraisemblablement trompé de salon; puisque celui ci défendait la dépénalisation et l'élargissement des libertés individuelles du consommateur. Suite à
quoi, on lui répondit qu'il était un junkie, ou pire un dealer et pis encore un sang faible, coloré, étranger. Lorsque Trash fut kické, éjecté illico presto du chan, il n' avait pas achevé son
ovation d' insultes.
Le houleux débat se déplaça sur
l'intrusion de ce perturbateur. Qui l' avait invité et qui dans le groupe pouvait bien avoir ce genre de fréquentations? Space Valentin fut le premier à exprimer son indignation et Winston à
taire qu'il s' agissait de lui. Al, le domobot, se tut aussi. Un silence s' établit entre eux.; entre Winston coupable et coupable de ne pas se dénoncer, et Al qui connaissait le coupable et
aurait pu le dénoncer. Space Valentin quitta le salon pendant que Winston d' une main ouvrait son relevé de compte en ligne avec sa zapette et mettait Al hors tension de l' autre. Ainsi le
silence auquel s' était réduit le domobot serait précisément le fruit du contrôle que Winston avait sur lui. C'était rassurant. Al, le domobot, était l' entité qui échangeait le plus de propos
verbaux avec Winston.
Par Woot S. Kinsasha
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